Abattre les murs : Feature Art Fair 2014

« Abattre les murs »

Feature: Contemporary Art Fair
23 au 26 octobre 2014

Caroline Cloutier
Caroline Cloutier, 2014, Installation photographique, impression numérique et miroirs

 

 

À l’occasion de la première édition de la foire Feature, la galerie Nicolas Robert propose de faire cohabiter deux pratiques dans une proximité évocatrice. Le parcours induit par la coexistence des oeuvres dans cet espace délimité qu’est le kiosque fait alterner entre l‘impression d’immersion, le désir de prendre une distance et le besoin d’y regarder de plus près.

Un moment. L’espace qui s’ouvre devant nous, au détour de l’allée. Comme un tout. L’ensemble, a priori insoluble, se laisse découvrir par la déambulation. L’antichambre, de Caroline Cloutier, accueille New Lines of Gravity de Simone Rochon, alors que les sculptures de cette dernière agissent comme un lien entre les espaces virtuels créés. Les frontières ténues entre les oeuvres évoquent certaines concordances entre les deux pratiques artistiques ; recours au trompe-l’oeil, à l’imitation, aux formes d’inspiration architecturales et à des procédés d’assemblage.

La part des choses. Si l’effet immersif surprend tout d’abord, c’est pour mieux se déconstruire et laisser place à la singularité de chacune des pièces exposées. New Lines of Gravity se déploie en un corpus de tableaux, à la fois dessins et collages, composés des formes molles et fluides, rythmées par des structures angulaires. Elles flottent, dans une perspective profonde, sidérale. Répertoire d’astres étranges, la série joue sur un rapport d’échelle incertain. Par le biais d’une installation in situ, L’antichambre simule un prolongement du kiosque vers un espace à l’architecture minimale. Le plancher de marbre, touche baroque sur laquelle nous pouvons circuler, se reporte dans les tableaux composant l’installation. Le travail de Caroline Cloutier nous prend à bras-le-corps, jouant sur notre perception sensorielle de l’espace dans lequel nous nous trouvons.

Le vrai du faux. Les textures créées et trouvées qui composent les oeuvres données à voir imitent matériau et surfaces propres à l’architecture et la sculpture ; marbre, métal, pierre, gypse, textile. Les fragments créés et assemblés par Simone Rochon dans New Lines of Gravity rappellent en quelque sorte la matière première du bâti. De grandes superficies de matériaux, fractionnées puis organisées afin de créer des volumes et des espaces. En parfaite cohésion avec cette idée, ses compositions se matérialisent en objets sculpturaux dans la série Faux monuments. D’autre part, les éléments représentés dans L’antichambre jouent aussi avec leur double factice. Le plancher laisse également perplexe pendant un instant sur sa véritable nature. Composé à partir d’un photomontage de marbre et de son négatif dépouillé de sa couleur, il réfère lui aussi à la matière du bâti, répétée et organisée selon certaines conventions.

Sans faire semblant. La dissimulation de la contrefaçon n’est toutefois certainement pas un objectif pour ni l’une ni l’autre des artistes. En effet, c’est précisément la révélation de ce procédé de reproduction qui confère aux montages leur complexité. Bien plus qu’un effet de trompe-l’oeil, les faux-semblants fonctionnent ici comme une exploration des médiums et de leurs contingences. Ce report d’une technique à l’autre s’observe chez Simone Rochon notamment dans ses objets, volumes construits par la combinaison de surfaces planes, choisies pour leurs propriétés matérielles qui rappellent les textures créées pour les collages ; malléabilité et fluidité, autant que dureté et préciosité. Chez Caroline Cloutier, ces considérations se manifestent dans des choix qui rappellent le langage de la peinture et de sa reproduction; la coloration des surfaces murales avec impressions de vinyle autocollant, le all-over créé par le plancher, l’utilisation de miroirs pour ajouter à l’effet de perspective, sans oublier le recours au giclé sur toile.

Les oeuvres de Caroline Cloutier et de Simone Rochon ont ceci en commun qu’elles ouvrent un horizon imaginaire. Les artistes mettent à mal la frontalité d’un kiosque traditionnel en provoquant un dialogue bien ficelé entre les oeuvres. À leur façon, elles abattent les murs et placent les choses en suspens, dans un étrange flottement. 

Emmanuelle Choquette*

*Emmanuelle Choquette est candidate à la maîtrise en histoire de l’art à l’Université du Québec à Montréal. Elle s’intéresse aux conditions de production et de diffusion de l’art actuel dans un contexte de redéfinition de la relation à l’institution.

Comments are closed.